Depuis janvier, les hôpitaux universitaires de Suisse romande traversent une crise financière sans précédent. Le CHUV n’a envoyé aucune facture ambulatoire en 2026, accumulant plus de 200 millions de francs de prestations en attente. Derrière ces chiffres vertigineux se cache l’impact dévastateur du passage au nouveau système de tarification TarDoc, censé moderniser le secteur.
Les deux plus grandes institutions hospitalières romandes sont maintenant sous perfusion cantonale. L’État de Vaud a dû porter le plafond du compte courant de l’hôpital de 150 à 350 millions de francs et avancer les subventions. Genève doit absorber des pertes comparables aux HUG, tandis que les deux cantons tentent de gérer une situation qui menace la viabilité même de ces fleurons médicaux régionaux.
Le système TarDoc, introduit pour rationaliser la facturation, a provoqué un blocage technique et administratif paralysant. Les prestations s’accumulent sans être facturées, les revenus ne rentrent plus, et les charges d’exploitation continuent. C’est un engrenage financier qui dévore les réserves à une vitesse alarmante, laissant ces établissements de référence en situation de dépendance complète vis-à-vis de l’aide d’État.
Pour la Suisse romande, l’enjeu dépasse largement la comptabilité hospitalière. Le CHUV et les HUG sont les épicentres de la recherche médicale et de la formation des professionnels de santé. Leur paralysie financière menace la continuité des soins et l’attractivité des postes académiques. Les médecins, infirmiers et chercheurs qui font la réputation de ces institutions s’interrogent sur leur avenir.
Les cantons de Vaud et Genève ont temporairement colmaté la brèche en augmentant leurs subventions. Mais cette solution ne peut être que provisoire. Il faut désormais repenser les mécanismes du TarDoc pour restaurer une chaîne de facturation fonctionnelle. Les autorités sanitaires romandes, face à cette impasse structurelle, doivent agir vite. Des milliers de patients attendent.