Le quart des institutions municipales de la petite enfance subit des clôtures temporaires en raison de la chaleur. À Genève, l’ampleur du phénomène a pris les autorités de court. Quinze des 57 structures genevoises ont dû réduire leurs horaires. Douze ont prié les parents de venir chercher leurs enfants à 14h ou 14h30 si possible, jeudi et vendredi, l’idée étant de baisser les effectifs pour mettre, par exemple, les deux climatiseurs disponibles dans la même pièce pour la refroidir davantage.
Un seuil qui résiste même à la climatisation
Dans certaines crèches de la Ville, la canicule empêche de ramener les températures sous ce seuil, que l’État recommande de ne pas dépasser. Le seuil en question: certains locaux dépassaient les 28 degrés. Et ce, «malgré les mesures mises en place: climatiseurs, stores, filtres anti-UV, jeux d’eau», détaille Christiane Pasteur, porte-parole du Département de la cohésion sociale. Même les crèches équipées de climatiseurs sont touchées par les fortes chaleurs.
Au-delà de Genève, c’est tout l’arc romand qui transpire. «Mon équipe me dit qu’elle se réjouit de partir, pas seulement pour se reposer, mais surtout pour se rafraîchir», rapporte une directrice d’une structure d’accueil vaudoise, qui souhaite garder l’anonymat. Les structures s’apprêtent à boucler la pause estivale avec un double sentiment de soulagement : non seulement les enfants et le personnel pourront enfin respirer, mais les parents aussi.
L’organisation familiale chamboulée
Pour les familles, la situation crée un véritable chaos logistique. Les fermetures ont été annoncées au dernier moment, forçant parents et employeurs à improviser. Toutes ces mères expliquent les difficultés à s’organiser, les fermetures ayant été annoncées 48 heures à l’avance.
La problématique est particulièrement aigüe pour les familles monoparentales et celles sans flexibilité professionnelle. Pour les familles monoparentales, c’est bien plus compliqué. Certains parents font appel à des grands-parents, d’autres se tournent vers des baby-sitters à 25 francs l’heure, d’autres encore échangent leurs enfants avec d’autres familles. L’improvisation devient système.
L’inquiétude grandit quant à la fiabilité des services. « Si la crèche est imprévisible, je perds en fiabilité pour mon employeur, et ma stabilité professionnelle est fragilisée. Or, elle est essentielle: je suis la seule à assumer le revenu de notre foyer.»
Adaptation insuffisante face au changement climatique
Pour les autorités, la priorité reste la protection des enfants. Les fermetures représentent l’ultima ratio, «néanmoins, notre priorité absolue demeure la protection de la santé des enfants, particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs, ainsi que celle du personnel». Christiane Pasteur, porte-parole genevoise, a qualifié la situation d’exceptionnelle. Or, cette exception pourrait bien devenir la norme.
Plusieurs parents remettent en question cette notion de situation extraordinaire. Une mère ne comprend pas pourquoi la Ville parle de situation exceptionnelle, «alors que Genève connaît des canicules depuis plusieurs années. Il est très inquiétant que les structures ne se soient pas adaptées.
La question de la climatisation s’impose désormais sur la table politique. Des partis romands s’en saisissent pour proposer des solutions structurelles, alors que d’autres planchent sur l’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments. Entre le court terme (installer des climatiseurs) et le long terme (repenser le bâti), les crèches romandes restent prisonnières d’un dilemme que le dérèglement climatique rend urgent.