En pleine vague de chaleur, une réalité invisible tourmente des milliers de personnes en Suisse romande. Derrière les murs des prisons romandes, les températures explosent régulièrement au-delà des 30 degrés, transformant les cellules en véritables étuves où les détenus vivent dans des conditions désormais intenables.
Les autorités pénitentiaires romandes ont bien conscience du problème. Des mesures ponctuelles sont déployées lors de chaque épisode caniculaire : ventilateurs supplémentaires, distribution d’eau, extension des temps de promenade. Mais ces solutions temporaires ne résolvent rien à long terme. Le cœur du problème subsiste : les bâtiments des prisons romandes, pensés et construits à d’autres époques, n’ont jamais été conçus pour affronter des températures extrêmes récurrentes.
Des infrastructures obsolètes face aux nouveaux défis climatiques
La structure même de ces établissements les condamne. Murs épais de béton qui retiennent la chaleur, fenêtres placées en hauteur pour des raisons de sécurité mais inefficaces pour la ventilation naturelle, cours de promenade bétonnées et sans ombre : chaque élément architectural amplifie l’effet fournaise dès que le thermomètre monte.
Or, la surpopulation chronique des prisons romandes aggrave dramatiquement la situation. Lorsque deux ou trois personnes partagent quelques mètres carrés dans une cellule où la température atteint ou dépasse 30 degrés, l’air ne circule plus. La chaleur des corps humains s’ajoute à celle des murs. Les conditions deviennent rapidement inhumaines et constituent un véritable risque sanitaire.
L’accès à l’eau fraîche, aux douches froides ou simplement à de l’air respirable devient un luxe réservé aux bon vouloir de l’administration. Certains détenus font état d’eau brûlante aux douches collectives, d’horaires de promenade réduits faute de personnel, de ventilation inexistante ou inefficace.
Entre adaptation et urgence structurelle
Le paradoxe est criant. Alors que les autorités de santé publique recommandent à la population générale d’éviter l’effort pendant les heures les plus chaudes, les détenus ne possèdent aucune liberté de mouvement. Ils ne peuvent ni quitter leur cellule à volonté, ni adapter leur emploi du temps, ni chercher refuge ailleurs.
Les discussions sur les prisons romandes évoquent régulièrement la rénovation des établissements. Des projets traînent en longueur, des crédits sont débattus aux parlements cantonaux, des améliorations sont ponctuellement apportées. Mais la majorité des bâtiments restent vieillis, inadaptés et dépassés.
À mesure que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et intenses, une question dérangeante se pose aux autorités romandes : faut-il vraiment attendre une tragédie sanitaire pour transformer en profondeur les infrastructures pénitentiaires ? Les détenus, bien que privés de liberté, conservent des droits fondamentaux. Vivre dans des conditions thermiques inacceptables compromet gravement leur santé physique et mentale, et contredit les principes humanitaires censés guider même la détention.
Pour les prisons romandes, l’adaptation climatique n’est plus une option future : c’est une nécessité présente.