Le canton du Jura a pris une mesure rare en restreignant la baignade dans les ruisseaux et rivières hors des sites aménagés, face à une menace accrue pesant sur la faune due à la sécheresse et la hausse des températures. Selon Mélanie Oriet, cheffe de l’Office cantonal de l’environnement, une telle recommandation n’avait pas été émise depuis 2003.
Depuis mercredi, les Jurassiens doivent donc adapter leur comportement estival. Alors que les thermomètres s’affolent, les autorités invitent les résidents à ne plus se baigner dans les ruisseaux et rivières hors des sites aménagés à cet effet. Cette restriction s’accompagne d’un appel à économiser l’eau et d’une interdiction partielle des feux dans et à proximité des forêts.
Une sécheresse d’une intensité inquiétante
Le Jura, comme toute la Suisse à l’exception du Tessin et d’une partie des Alpes, est « extrêmement sec », selon la Plateforme nationale sur la sécheresse. Les précipitations des derniers jours demeurent insuffisantes pour inverser une tendance observée depuis la mi-mai, et le niveau actuel des cours d’eau jurassiens correspond à celui habituellement enregistré en fin d’été.
La situation s’aggrave à un rythme préoccupant. Le canton a interdit toute navigation sur le Doubs depuis le 17 juin, lorsque son débit est tombé sous la barre des 6 m³/sec. Mélanie Oriet a précisé que la dégradation s’est opérée plus vite qu’en 2022, avec des pêches de sauvetage déjà menées en Ajoie. Elle a ajouté que la situation se rapprochait de celle de 2018, où la sécheresse s’était prolongée du printemps à novembre.
Impact sur la faune et l’eau potable
Cette restriction vise à préserver la biodiversité aquatique, gravement affectée par les conditions climatiques. La neige en haute montagne disparaît à vue d’oeil, alors que ce phénomène n’intervient habituellement qu’au mois d’août, tandis que le niveau, le débit des cours d’eau et des lacs sont très bas, menaçant la faune. Les poissons des petits cours d’eau subissent des conditions devenues incompatibles avec leur survie : eau de plus en plus rare et de plus en plus chaude.
Parallèlement, les réserves d’eau potable inquiètent les autorités. Au-delà des restrictions de baignade, le canton appelle à économiser l’eau et impose une interdiction partielle des feux en forêt. Pour les habitants, cela signifie une vigilance accrue dans les usages quotidiens.
Retour possible en juillet, mais sans relief
La situation ne devrait guère s’améliorer au cours du mois. Une deuxième vague de chaleur est probable début juillet, même s’il est encore trop tôt pour en prédire l’intensité. Les températures pourraient atteindre 30 à 35 degrés début juillet.
L’intensité de la sécheresse reste insuffisamment discutée : le manque d’eau s’aggrave et la neige en haute montagne disparaît déjà à vue d’oeil.
Cette mesure du Jura, prise pour la première fois depuis plus de deux décennies, symbolise une adaptation forcée aux réalités du changement climatique. Elle rappelle que, malgré les initiatives engagées après la sécheresse de 2018, les défis d’anticipation et d’adaptation demeurent considérables en Suisse romande.